Statu quo de la BCE, mais de nouvelles baisses de taux sont écartées

Le taux de dépôt reste négatif à -0,40%

Lors de sa réunion du 8 juin 2017, la Banque Centrale Européenne a sans surprise conservé le statu quo sur les taux directeurs, qui restent donc à leur plus bas niveau historique depuis la précédente baisse en mars 2016 :

Taux directeurs

  • Facilité de dépôt : -0,40%
  • Taux refi : 0%
  • Facilité d’emprunt : 0,25%

 

Anticipations d’inflation de la BCE

La BCE a profité de cette réunion pour réduire ses perspectives d’inflation sur les trois prochaines années, malgré une légère révision à la hausse des perspectives de croissance.

L’inflation, proche de 1,5% aujourd’hui en rythme annuel, est désormais anticipée aux niveaux suivants :

  • 1,5% en 2017 (1,7% précédemment)
  • 1,3% en 2018 (1,6% précédemment)
  • 1,6% en 2019 (1,7% précédemment)

Retour à une perspective neutre sur les taux

Comme à l’accoutumée, c’est surtout le discours qui est intéressant : en l’absence de mouvement de taux, les marchés scrutent le moindre changement de rhétorique pour anticiper la politique à venir !

Ainsi, Mario Draghi, gouverneur de la BCE, a supprimé de son discours les références à une possible nouvelle baisse de taux et aux risques baissiers sur l’économie. Ce retour à une position neutre est le préalable à un resserrement de la politique monétaire, qui reste toutefois lointain : la hausse des taux directeurs n’est pas anticipée tant que durera le Quantitative Easing, le programme de rachats d’achats massifs d’obligations mené chaque mois depuis janvier 2015 et arrivant à échéance fin 2017.

Une inflation stable malgré le stimulus monétaire et la croissance économique

Pour justifier la baisse de son anticipation d’inflation, la BCE met en avant la baisse du prix des matières premières.

En réalité, cette révision à la baisse de l’inflation confirme surtout que sa politique d’injection de liquidités a eu un effet mitigé. Elle a sans doute permis d’éviter la déflation (la grande craintes des investisseurs en 2015 et 2016) mais n’a quasiment aucun effet sur les prix. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi, mais on peut s’interroger sur la pertinence à continuer une telle politique.

L’environnement macroéconomique est pourtant très favorable en zone euro

Dans la zone euro, le rythme de croissance du PIB est le plus élevé depuis 2 ans (+1,9% en rythme annuel selon Eurostat), tandis que le taux de chômage est au plus bas  depuis 2009 (9,5% avec cependant de fortes disparités entre pays, source Eurostat).

Taux de chômage dans l’Union Européenne – Eurostat – Cliquez sur l’image pour agrandir

 

Tant que le risque de dérapage inflationniste ne se présente pas, et aucune raison pour la BCE de remonter les taux courts : nous risquons donc de vivre avec des taux négatifs pendant une bonne partie de 2018 !

Septembre devrait donner le « la » de 2018

Dans les mois à venir, la BCE pilotera plutôt sa politique en ajustant la durée et le volume de son programme de Quantitative Easing.

Ce programme est sous le feu des critiques : suspecté de créer des bulles financières et de faire baisser la rentabilité des banques en diminuant leur marge d’intermédiation, il sape la rémunération de l’épargne et n’incite pas les pays en déficit à se réformer, car ils ne subissent aucune pression sur le coût de leur endettement.

La réunion de la BCE du 7 septembre devrait fournir de la visibilité sur la poursuite de ce programme au-delà de décembre, sa date théorique d’échéance. Pour minimiser la volatilité sur les marchés, on peut imaginer une réduction progressive des montants rachetés (le volume avait déjà été réduit de 80 Md€/mois à 60 Md€/mois), permettant de déboucler en douceur de cette opération exceptionnelle.

Les banques centrales sont en général réticentes à tout mouvement trop brusque : par le passé, des hausses de taux non préparées ont causé des chocs sur les marchés, entraînant parfois des « mini-krachs » sur les actions. Mario Draghi devra donc rester prudent car toute réduction du programme de rachat d’actifs aura le même effet qu’une hausse des taux.

Il attendra probablement que l’inflation repentifie la courbe des taux (c’est à dire que l’inflation cause un mouvement de hausse focalisé sur les taux longs, sur l’OAT 10 ans par exemple) avant d’envisager un quelconque mouvement sur les taux directeurs. Si toutefois l’inflation se manifeste un jour…

Les conséquences pour les placements et les financements d’entreprise

Côté placement : statu quo et mêmes recettes

Ce statu quo sur les taux ne devrait pas entraîner de changement dans les grilles de taux des placements proposés par les banques. L’EONIA et l’Euribor devraient rester négatifs, proche de -0,35% pour l’EONIA et -0,30% pour l’Euribor 3 mois.

Si vous avez de la trésorerie d’entreprise excédentaire à placer, les principes actuels restent toujours valables :

  • évitez les OPCVM monétaires car ils continuent d’offrir une rémunération négative
  • négociez avec votre banque pour ne pas subir de taux négatif sur vos liquidités en compte
  • faites jouer la concurrence pour chercher des opportunités de niche sur des dépôts

Côté financement, la période est excellente

Si l’on croit la théorie financière, un taux d’emprunt ne peut pas être inférieur à l’inflation. Cela correspondrait en effet à un taux d’intérêt réel négatif : une situation non durable puisque l’emprunteur gagnerait de l’argent grâce au simple passage du temps !

La théorie est aujourd’hui bouleversée par des mesures exceptionnelles de la BCE : les emprunteurs à taux très bas sont en réalité subventionnés par les détenteurs de liquidités.

Le contexte actuel combinant croissance, inflation modérée et taux artificiellement bas représente donc une occasion idéale de financer des investissements à long terme.

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Post Author: Nicolas