[ÉDITAUX] Taux durablement négatifs : le projet de la BCE pour les banques

Depuis le dernier Éditaux, les taux courts restent stables tandis que les taux longs chutent encore

  • Eonia : -0,38% (-1 bp)
  • Euribor 3 mois : -0,31% (stable)
  • Euribor 6 mois : -0,23% (stable)
  • OAT 10 ans : 0,39% (-2 bp)
OAT 10 ans 2018-2019. Source : tradingeconomics.com
Taux de l’OAT 10 ans – 2018-2019. Source : tradingeconomics.com / Agence France Trésor

Rendement de -0,05% pour l’obligation allemande à 10 ans !

Les taux ont connu une forte volatilité à la baisse : l’OAT (Obligation assimilable du Trésor) a décroché brutalement de 0,45 % à 0,29 % avant de légèrement se reprendre, tandis qu’outre-Rhin le taux du Bund a franchi le plancher du 0 et traite désormais en territoire négatif à -0,05 %.

Cependant, contrairement aux précédents épisodes de forte détente des taux, la baisse des taux longs n’est pas liée à un rebasculement des actifs risqués vers les actifs sûrs (pas de « fuite vers la qualité ») : les actions se portent plutôt bien et paradent à leur plus haut de l’année. Même l’interminable feuilleton du Brexit n’inquiète pas les investisseurs en actions !

Cette volatilité a surtout été causée par un réajustement des anticipations macroéconomiques après la publication d’indicateurs mitigés typiques d’une fin de cycle économique : des mauvais indices PMI (directeurs d’achat) mettant en évidence une contraction dans le secteur manufacturier, mais aussi un abaissement des perspectives de l’économie allemande, ou encore un ralentissement du fret international.

Difficile à croire, mais dans un monde à taux durablement négatifs et soumis aux stimulus des banques centrales, certains estiment qu’obtenir -0,05 % de rendement à 10 ans sur un actif aussi sûr et liquide que le Bund n’est pas une mauvaise affaire !

Les banques payent 7,5 milliards par an pour déposer leur cash à la BCE

Les banques de la zone euro regorgent de liquidités grâce à la Banque Centrale Européenne qui leur a racheté près de 2600 milliards d’euros d’obligations depuis 2015 pour les inciter à réinjecter ces liquidités dans l’économie. Mais la demande ne suit pas forcément, et ces liquidités restent souvent stockées sur les comptes de la banque centrale où elles sont rabotées à un rythme de 0,40 % par an.

Depuis 2015, cette ponction représente annuellement 7,5 milliards d’euros selon un chiffre évoqué à la BCE.

Jusqu’à présent, la BCE était dans le déni quant aux effets de sa politique sur la profitabilité des banques. Dans une note, elle avait même affirmé que les taux négatifs étaient plutôt favorables au secteur ! Aujourd’hui, le discours change. Elle évoque désormais un possible adoucissement de l’effet des taux négatifs grâce à un dispositif par paliers.

Le dilemme est d’arriver à contraindre les banques à prêter sans trop pénaliser leur marge. Les profits sont en effet garants de la solvabilité du secteur, besoin vital dans un contexte où la rentabilité est étouffée par des exigences de fonds propres toujours plus élevées.

En France, sur le segment « banque de particuliers », les marges bancaires sont fortement écornées par les renégociations des taux des crédits immobiliers, mais aussi par la renégociation des assurances emprunteur grâce à l’amendement Bourquin.

 

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La BCE souhaite profiter des taux bas pour transformer le secteur bancaire européen

La BCE ne cesse de préciser que sa politique peut rester accommodante bien plus longtemps que ce qu’anticipe le marché.

Le dernier rappel a été fourni par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau : « l’ordre de la séquence de normalisation est très clair : après l’arrêt réussi des achats nets depuis janvier dernier, la prochaine étape potentielle est un relèvement des taux directeurs, qui désormais n’interviendra pas avant fin 2019 au plus tôt. Puis, après une période prolongée interviendra la diminution éventuelle des réinvestissements des remboursements sur le stock de titres important que continue à détenir l’Eurosystème (près de 2600 milliards d’euros) ».

« Ce calendrier pourra, en fonction de l’évolution effective des données économiques, être adapté avec toute la flexibilité nécessaire. Et l’intensité des divers instruments devra être calibrée avec un total pragmatisme », ajoute-t-il avant de souligner le besoin de « banques paneuropéennes » et donc d’une « consolidation transfrontalière ». Un vœux confirmé par Luis de Guindos, le vice-président de la BCE,  qui ajoute que les banques doivent travailler sur leurs coûts de structure (agences, personnel…).

Autrement dit, au-delà de son rôle de pilote de l’inflation, la BCE exprime sa volonté de transformer le secteur bancaire européen, et les taux bas sont aussi un encouragement aux fusions. Le mariage Commerzbank/Deutsche Bank, avec Unicredit aux aguets, lancera peut-être le début de cette consolidation !

Pour la trésorerie d’entreprise, il faut ouvrir ses perspectives

Les taux resteront encore bas longtemps. Nous pensons même, de façon taquine, qu’ils ne remonteront qu’à la sortie de la prochaine récession… si tant est qu’elle arrive un jour !

Par conséquent, les propositions « standard » des banques resteront peu attractives pendant toute l’année.

L’application graduée des taux négatifs, si elle se met en place, rendra les banques légèrement plus enclines à accepter des dépôts. C’est une bonne nouvelle pour le détenteur de trésorerie, mais l’effet restera très minime. En outre, cet aménagement permettra aussi à la BCE de justifier une nouvelle prolongation des taux négatifs puisqu’un de leurs effets pervers aura été tempéré.

Il n’y a pas de miracle à attendre. Pour obtenir de meilleurs rendements, il faut ouvrir ses perspectives et recourir à un expert en placements.

Il faut aussi raisonner dans la durée : savoir sur quelle durée vous pouvez immobiliser votre trésorerie pour maximiser le rendement, sans toutefois la surestimer et risquer l’impasse de trésorerie !

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