[ÉDI’TAUX] La BCE baisse les taux et annonce de nouvelles mesures de soutien

Depuis le précédent Édi’taux (mi-juillet), les taux ont… encore baissé !

  • Eonia : -0,37 % (inchangé)
  • Euribor 3 mois : -0,44 % (-9 bp)
  • Euribor 6 mois : -0,41 % (-7 bp)
  • OAT 10 ans : -0,29 % (-18 bp)
Taux de l’OAT 10 ans, source : tradingeconomics.com

Mario Draghi met en place de nouvelles mesures accommodantes

La Banque Centrale Européenne s’est réunie ce jeudi pour une réunion très attendue.
Voici les décisions du jour :

Taux directeurs : baisse du taux de dépôt

  • Le taux de dépôt passe de -0,40% à -0,50%
  • Le taux refi reste à 0%
  • Le taux de la facilité de prêt reste à +0,25%

Les taux resteront à ce niveau ou à un niveau inférieur tant que les perspectives d’inflation ne se rapprocheront pas de 2%.

Réactivation du programme d’achats d’actifs (APP, Asset Purchase Program)

La BCE réactive son programme de rachat de dettes souveraines, et rachètera 20 milliards d’euros d’obligations tous les mois à partir de novembre 2019.

Aucune date de fin n’a été communiquée : les achats dureront « aussi longtemps que nécessaire ». La BCE continuera de réinvestir le principal des obligations détenues en portefeuille qui arrivent à échéance, et ce « tant que nécessaire », dans tous les cas après la première remontée des taux directeurs.

Taux en baisse pour le programme de refinancement (TLTRO III)

La BCE poursuit son programme de refinancement bancaire TLTRO III (targeted long term refinancing operation – programme déjà actif) mais en abaisse le coût. Le taux est désormais indexé sur le taux refi moyen pendant la période du prêt, et non fixé à refi + 0,10%. En outre, la maturité de ces prêts passe de 2 à 3 ans. Un système incitatif permet même, si le volume de prêts dépasse un certain niveau, d’obtenir un taux moins élevé (donc possiblement négatif).

Rappelons que les TLTRO sont des prêts de refinancement dont l’encours dépend du volume de prêts que chaque banque a accordé à la clientèle visée (prêts aux ménages hors prêts immobiliers et prêts aux entreprises non financières) pendant la période de référence précédente. Les banques sont donc assurées d’avoir un coût de l’argent nul lorsqu’elles réalisent ce type de prêts.

Application graduée des taux négatifs pour les dépôts des banques

Afin de ne pas pénaliser trop fortement la profitabilité des banques qui conservent des liquidités, la BCE introduit une application par paliers du taux négatif de -0,50% appliqué aux dépôts des banques à la BCE.

Ajustement à la baisse des perspectives d’inflation

Enfin, la BCE a ajusté à la baisse ses prévisions d’inflation, permettant d’anticiper une période longue de taux bas.

La réponse de la BCE est-elle adaptée ?

La Banque Centrale Européenne est capable de créer de l’argent frais ex nihilo, et c’est effectivement l’une des solutions – théoriques – pour raviver l’inflation. Ce que la théorie ne dit pas, c’est où brancher le tuyau pour que l’opération soit efficace et évite ce que les économistes appellent « trappe à liquidité ».

La BCE cherche encore le moyen le plus efficace de transmettre sa politique monétaire à l’économie. Le TLTRO est une opération très ciblée, mais on peut s’interroger de la pertinence du rachat de dettes souveraines (APP).

Cette dernière solution était particulièrement adaptée pour résoudre la crise des dettes souveraines, mais est-elle réellement nécessaire aujourd’hui ? En abaissant encore les taux longs, ne fait-elle pas courir un risque aux banques et aux assureurs qui dépendent de la pente de la courbe des taux pour réaliser leur marge ?

D’autres formes de Quantitative Easing sous l’ère Lagarde ?

D’autres formes de « Quantitative Easing » pourraient exister. Les médias aiment évoquer l’idée de virements d’argent directement sur les comptes bancaires des ménages. Moins spectaculaire, la solution pourrait être fiscale : un abandon temporaire de l’objectif des 3 % de déficit offrirait à chaque pays la liberté d’adopter une injection monétaire par la dette, et de l’adapter à sa couleur locale, qu’il s’agisse de subventionner la consommation, d’augmenter les aides sociales, de baisser l’impôt sur les entreprises, ou d’investir dans l’infrastructure ou la recherche…

Cette entorse au pacte de stabilité aurait un coût : l’aléa moral, et la négation du travail budgétaire parfois douloureux effectué par certains pays.

Certes, le choix d’une telle politique n’est pas du ressort de la BCE. Le discours de Mario Draghi est nécessairement orthodoxe, plaidant la rigueur dans la gestion des finances publiques… Mais l’APP, qui pousse les taux souverains à la baisse, n’encourage-t-il pas une dérive des finances publiques ?

Nous n’avons pas de position sur le sujet et encore moins de conseil à donner à Christine Lagarde qui prendra son mandat le 1er novembre, mais sommes certains que ces thématiques seront au cœur des débats les années à venir !

Trump brutalise son patron de la Fed et exige une forte baisse des taux

De l’autre côté de l’Atlantique, la tendance des taux est également baissière.

Trump exprimait dans un récent tweet sa volonté de voir des «taux à zéro ou moins » pour refinancer la dette publique à moindre coût, et estime « rater l’opportunité d’une vie à cause des crétins de la Réserve Fédérale », ciblant particulièrement Jerome Powell qu’il juge trop timoré dans ses baisses des taux.

Le marché anticipe une baisse des taux de 25 à 50 bp au cours de la prochaine réunion de politique monétaire américaine, le 18 septembre.

Comment placer sa trésorerie d’entreprise ?

Ces nouvelles mesures sont plutôt baissières pour les taux, courts comme longs.

Dans ce contexte difficile pour la trésorerie, l’approche que nous conseillons depuis des mois reste plus pertinente que jamais :

  • Les comptes à terme à 0 % sont une bonne affaire aujourd’hui puisque la baisse des taux va les rendre de plus en plus rares. Même si la BCE est moins sévère avec les liquidités bancaires, elle facturera tout de même les dépôts. Les banques riches en dépôts clientèle seront tôt ou tard contraintes d’en répercuter le coût sur les clients professionnels au-delà d’un certain plafond.
  • Pour cette même raison, diversifier ses banques de dépôt devient nécessaire.

Notre conseil le plus immédiat : ne tardez pas pour souscrire des comptes à terme à 0 % !

C’est une protection gratuite et durable contre un éventuel taux négatif appliqué à votre trésorerie.
Le blocage est rarement un problème : les sorties restent possibles sans frais en cas de besoin (ou si vous avec une meilleure opportunité ailleurs…).

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